♪ єи é¢συтє ♪-Maman ! Maman ! Regarde, je vole !
-Oui ma chérie, c'est bien, mais fais attention ne vas pas trop sur le bord.Elle, dans sa petite robe blanche virevoltant dans le vent, était fière de montrer à sa maman, les bras écartés, ô combien elle ressemblait à Rose dans Titanic. Un sourire gravé sur son visage la faisait rayonner et resplendir.
Sa mère plus loin, assise sur un banc assistait à la scène, avec un sourire de tendresse.
Il avait été dur pour elles de pouvoir monter sur ce bateau de croisière. Etant d'un milieu modeste, être sur le Libertad II, grand navire fraichement arrivé en mer, relevait de l'exploit. Mais, que ne ferait-elle pas pour sa petite fille ?
Après tout ce n'est pas tous les jours que l'on fête ses dix ans.
Cela faisait plusieurs mois qu'elle rentrait tardivement, ne la voyant presque plus. Mais il fallait qu'elle accepte ce travail de nuit pour pouvoir lui offrir ce voyage dont elle rêvait tant.
Le Libertad. Sa fille disait qu'une fois sur ce bateau, elle oublierait tout, que tout irait mieux et que la vie serait plus belle, car il ne devait pas s'appeler liberté sans raison...
Oublier. Oublier cette maladie qui avait arraché un père à sa fille et à sa femme. Cette maladie qui menaçait cette petite fille aussi, peu de mois après sa disparition. De longs mois consacrés à l'hopital. Pourquoi eux ? Qu'avaient-ils fait ? Peut-être n'étaient-ils pas assez croyants se demandait la mère, peut-être n'aimait-elle pas assez sa maman se questionnait la fille ou peut-être était-ce le destin avait dit le père.
Pardon avait été son dernier mot.
Sa convalescence n'avait pas duré. A peine avaient-ils su qu'il était malade, qu'il mouru, entrainant sa fille à sa suite.
La mère, elle, s'en voulait de ne pas avoir été suffisamment attentive. Si elle avait su, peut-être serait-elle restée présente et se serait battue pour préserver son mariage plus tôt. Puisque oui c'est ce qu'elle avait fait, mais bien trop tard, le mal était déjà fait. La maladie était déjà encrée dans son sang. Il le savait, mais ayant trop honte de sa conduite il n'avait rien dit à sa femme, condamnant leur fille. Mais s'il en avait parlé, elle ne serait pas là, dans sa petite robe blanche, riant aux éclats. Un bien éphémère pour un mal éternel.
-Maman ?
-Oui ma chérie ?
-Tu crois que je vais rencontrer mon Jack moi aussi ?
-J'en suis persuadée, n'en doutes surtout pas !Titanic était son film préféré. Elle rêvait d'une histoire d'amour comme la leur. Ephémère mais intense et passionnée, car elle le savait, le temps jouait contre elle. Alors elle cherchait, demandant à qui voulait l'écouter s'il voulait bien être son Jack. Mais à cet âge là, peu de garçons pensaient à ce type d'histoires. La maladie l'avait fait grandir plus rapidement. Elle ne voulait plus perdre un instant et profiter de ce que la vie lui apportait. Mais elle ne voulait surtout pas pleurer devant sa maman et faire la grande, car les grandes personnes sont fortes et ne pleurent pas. De plus, elle ne voyait presque plus sa maman, trop occupée à travailler, alors elle ne voulait pas gâcher ces précieux instants en sa compagnie.
-Ma chérie, tu viens ? Il est l'heure d'aller manger.
-J'arrive !
-Dépêche-toi, on va arriver en retard, tu sais que notre voisin de chambre nous as invitées à manger à leur table.
-Oui, je sais. Mais je voulais être qu'avec toi !
-Je sais... Mais tu sais que
-C'est bien pour ton travail. Oui je sais.
-Et puis il a un fils de ton âge !
-Et alors ?
-Peut-être qu'il sera assez bien pour être ton Jack ?
-Maman !C'est, riant aux éclats qu'elles arrivèrent dans la grande salle de réception.
Des lustres en diamant, de grandes tables, une salle de réception sombre, mais animée. Ils avaient réussit à rendre ce vieil aspect, comme dans Titanic..
-Maman ! Tu as vu ? C'est comme dans le film !
-Oui ma chérie, tu es contente ?
-Oh oui ! Merci ! Tu es la meilleure des mamans !
-Je suis tellement heureuse de te voir sourire, bon anniversaire.Des étoiles pleins les yeux, elle sauta au coup de sa mère, montrant sa joie d'être dans ce lieu magique hors du temps. C'est alors qu'arriva un grand homme dans un costume trois pièces, rompant la magie de l'instant.
-Bonsoir ! Vous êtes toutes en beauté, permettez-moi de vous présenter mon fils, Jack.Coïncidence ? Quoi qu'il en soit ce fut assez pour éveiller la curiosité de la petite fille qui imaginait déjà mille et une histoires. Le jeune garçon, visiblement agacé par ces politesses, fit comprendre à son père qu'il se faisait tard et qu'il avait faim, brisant les rêves de la petite.
-Il te plait ? Chuchota la mère à sa fille.
-Non.
-Pourquoi, il est mignon et il s'appelle Jack, n'est-ce pas ce que tu recherchais ?
-Mais il est odieux et impoli !Jamais contente pensa la mère avec un léger sourire nostalgique. Décidément elle ressemblait beaucoup à son père ; mais comme lui ses barrières tomberont un jour... Enfin si on lui laissait le temps. Cette réflexion fit disparaitre son sourire durant un instant, mais à la vue du regard que portait sa fille au jeune garçon, elle comprit bien vite que ses barrières n'étaient que des leurres.
Les heures qui suivirent furent ponctuées de rires, discussions sérieuses, remarques acerbes de la fille au jeune Jack, réponses sans détours de ce dernier et de regards attendris des parents imaginant déjà la suite des évènements. Sans plus attendre, le père leur proposa une balade au clair de lune sur le pont ; demande que la mère accepta volontiers.
Les parents se contant une part de leurs mésaventures gardèrent un oeil bienveillant sur leurs progénitures qui ne cessaient de se quereller.
-Mais qu'est-ce que tu racontes ? T'es pas une fille pour rien toi !
-Mais puisque je te dis que c'est vrai !
-Titanic ? Mieux que Batman ? Laisse-moi rire !
-Eh bien vas-y je t'en pris.
-T'es pas croyable, t'es sûre d'avoir dix ans au moins ? Demanda-t-il après avoir laissé échapper un juron.
-Bien sûr que oui !
-Et tu crois encore à ces histoires à l'eau de rose !
-Dis, tu crois au destin ? Le questionna-t-elle soudainement plus sérieuse.
-Non, c'est un truc de fille qui ne veulent pas voir la vérité en face. Pourquoi ?
-Parce que mon papa y croyait. Il a dit qu'on ne pouvait rien faire face au destin, mis à part l'accepter tel qu'il est...
-Et il est où ton père ?
-Libre...Ses quelques mots restèrent en suspend quelques instants. Que pouvait-il lui répondre ? Qu'il était désolé ? Cela n'aurait rien changé. Tout ce qu'il savait c'est qu'il n'aimait déjà pas cette expression d'amertume et de tristesse qui se lisait sur le visage de la fillette. Il lui fallait rendre son sourire à tout prix. Il l'entraîna alors, lui attrapant la main, vers la porte menant à l'intérieur du bateau ne laissant pas le temps aux parents de s'en appercevoir. Ils finiront bien par s'en rendre compte de toute façon, se disait l'enfant. La petite, remarquant la détermination de Jack ne posa aucune question, se laissant entrainer vers les cales. Il lui montra des pièces dont elle ignorait l'utilité tout en lui contant des histoires lugubres sur chaque recoins du bateau. Tout d'abord apeurée, elle le supplia de rentrer; mais dès lors qu'elle aperçut le sourire moqueur de son acolyte, il se vit gratifié de plusieurs noms d'oiseaux avant de rire de bon coeur.
Le bonheur. Elle savait enfin ce que c'était. Il en fallait peu, quelques blagues, un sourire goguenard et des rires. Oh oui, beaucoup de rire...
Ils passèrent le reste du séjour ensemble, les querelles se mêlant aisément aux rires ; jusqu'au jour où vint le départ. Aucun d'eux ne pleura ; leurs regards suffisant à comprendre leur tristesse. Les parents firent des promesses de prochaines retrouvailles qu'ils savaient fausses puis prirent des chemins différents. Le garçon et son père continuant le séjour, la mère et sa fille descendant sur le quai pour rejoindre leur quotidien.
Alors que Jack et son père s'arrêtèrent dans un café normand quelques mois plus tard ; ils virent la mère vêtue du costume de l'établissement. Un sourire s'afficha alors sur leurs visages, puis elle leur proposa une table, décidant de prendre sa pause.
Des rires, des sourires et quelques anecdotes plus tard, Jack demanda :
-Et Rose ?
-Elle te remercie, répondit la mère après une pause.
-Pourquoi ?
-Car grâce à toi elle a pu réaliser son rêve, à savoir aimer quelqu'un, comme son héroïne dans son film préféré.
-Mais, où est-elle ? Demanda-t-il soudainement inquiet à son sujet.
-Libre, comme son père...
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Pix: Au détour d'un chemin, dans ma ville natale.